La fondation du prince saoudien achète 33% de SNK et compte devenir actionnaire majoritaire

Ce premier investissement, qui sera finalisé le 21 janvier 2021, fait d’ores et déjà de la fondation MiSK l’actionnaire majoritaire de SNK dont elle s’empare de 33,3% des actions. Le communiqué décrit cet investissement stratégique « comme un moyen de renforcer ses efforts pour autonomiser la jeunesse saoudienne et comme un reflet de la confiance dans le secteur prometteur des jeux vidéo« , une industrie qui fait toutefois encore l’objet de nombreuses censures sur le territoire saoudien.

L’acquisition a été réalisée plus exactement par la société Electronic Gaming Development Company, filiale de la fondation du prince Mohammed bin Salman. L’accord stipule également que la société achètera 17,7% supplémentaires des actions de SNK à l’avenir en vue de monter sa prise de participation à 51%, ce qui fera de la société saoudienne le principal décisionnaire de SNK.

Il est à noter que les liens entre la fondation MiSK et SNK ne datent pas d’aujourd’hui. En 2019, SNK avait travaillé de concert avec Manga Productions, une autre filiale de la fondation, en vue de mettre en place un programme d’échange de connaissances qui a permis à des jeunes étudiants saoudiens de visiter le Japon dans le cadre d’un programme de formation aux métiers du jeu vidéo. Deux ans plus tôt, c’est en se rapprochant de Manga Productions que SNK avait développé le personnage de Najd ainsi qu’un décor basé sur Riyad pour représenter l’Arabie saoudite dans The King of Fighters XIV.

Depuis sa création, la fondation MiSK a été témoin d’un généreux soutien financier de 4,4 milliards de riyals (pas loin d’un milliard d’euros) par son fondateur et président, le prince Mohammed bin Salman, dans le but d’encourager la jeunesse saoudienne à devenir autonome en développant ses compétences et en affinant ses talents créatifs « afin de construire un avenir meilleur pour le Royaume d’Arabie saoudite« , nous dit-on. La fondation investit au niveau local et international dans l’éducation, l’entrepreneuriat, la culture, les arts, la science, la technologie ou encore les médias numériques. La décision de devenir actionnaire majoritaire de SNK s’inscrit dans le cadre de cette direction stratégique.

Au-delà des jolies formules, il paraît difficile de faire comme si Mohammed bin Salman était un personnage anodin. Depuis son avènement en juin 2017, le prince héritier d’Arabie saoudite a parfois su faire figure de chef d’État moderne, capable de réduire les pouvoirs de la police religieuse locale ou d’autoriser les femmes à conduire et à obtenir des passeports. Mais il est aussi le détonateur de la guerre menée au Yémen et celui qui, selon ses accusateurs turcs et américains, aurait commandité l’arrestation et l’assassinat en Turquie du journaliste Jamal Khashoggi. Le meurtre de cet ancien collaborateur du Washington Post et critique du pouvoir avait plongé l’Arabie saoudite dans l’une de ses pires crises diplomatiques et terni l’image du prince héritier.

Et s’il a fait vœu en octobre 2017 de prôner un Islam « modéré et tolérant », les actes de répression sont toujours bien présents sur le territoire. En septembre 2017, Amnesty International révélait l’arrestation de plus de 20 dignitaires religieux, écrivains, journalistes, universitaires et militants. Le prince est ainsi connu pour avoir transformé le Ritz-Carlton de Riyad en une prison dorée dans laquelle sont retenus tous les gêneurs sous prétexte de corruption. Selon les derniers éléments, le prince aurait d’ailleurs tout récemment fait enfermer des membres de sa famille en les accusant de complot, histoire de faire place nette avant de prendre la succession de son père, dont l’état de santé se dégrade.

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